Celles qui attendent est un livre de la littérature francophone, un roman féministe sur la condition des mères et des épouses, avec pour décor la petite île de Niodior, au Sénégal. Un « fief de la polygamie » où l’émancipation des femmes reste encore si lointaine (Diome, 2010, p. 15).

La mondialisation n’est pas la même selon que l’on naît sur le continent africain ou sur le continent européen. « Si elle veut garder son poids face aux États-Unis et à la Chine, l’Europe a besoin d’une Afrique vassalisée » (Diome, 2010, p. 240). Mais elle n’est également pas la même selon que l’on naît femme ou homme.

La situation précaire dans laquelle s’est retrouvée l’Afrique postcoloniale explique les situations migratoires économiques d’aujourd’hui. La déliquescence des économies africaines accule les jeunes migrants à prendre la décision extrême de monter sur des rafiots pour mourir sur nos côtes méditerranéennes.

Les expressions sénégalaises « Mbëk, barça mba barsakh » (« Barcelone ou le Paradis ») ou, en peul, « Kaaliss kewdo walla agneere woddunde » (« beaucoup d’argent ou un tombeau loin de la patrie ») traduisent toute la violence de ce choix.

Les docteurs Cheikh Oumar Ba et Alfred Iniss Ndiaye, dans leur article L’émigration clandestine sénégalaise, montrent que les jeunes qui s’embarquent sur les pirogues de fortune « ont le sentiment de mourir lentement dans leur pays ». Les candidats à l’émigration ne sont pas uniquement composés de jeunes sans emploi et déscolarisés. Les actifs aux faibles revenus y voient pareillement une réussite possible et la considération de leur famille, qui est souvent partie prenante de la décision de l’exil du jeune migrant. La multiplicité d’offres des passeurs facilite les voyages. Les pays d’accueil jouent également un rôle important en employant illicitement ces jeunes travailleurs dans des secteurs pourvoyeurs de main-d’œuvre bon marché. Une fois entrés dans le pays convoité, les migrants sont bien souvent accueillis par leur clan déjà installé sur place qui va les aider à s’établir rapidement. Le revers du départ de cette jeunesse active est parfois la dépopulation de main-d’œuvre dans les localités et le sentiment de culpabilité profond des familles qui perdent l’un des leurs alors qu’il a été poussé à l’exil.

Si on commence, grâce aux médias, à être bien informés sur les conditions de vie des migrants en Occident, on ne sait rien sur ces mères, ces épouses qui les attendent au pays avec tant d’espoir d’une vie meilleure.

Le livre de Fatou Diome nous fait découvrir celles qui attendent, celles à qui l’on ne pense pas, celles qu’on oublie.

« Ceux qui nous oublient nous assassinent ! »

« Elle restait simplement là, dans la grande concession familiale où elle ne savait plus ce qu’elle attendait. » (Diome, 2010, p. 265).

Cette attente trouve un écho dans les mots de Mariama Bâ :

« La mère de famille n’a pas du temps pour voyager. Mais elle a du temps pour mourir. » (Bâ, 2001, chapitre 23).

Emilie Zangelmi

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